La domestication du cheval a une conséquence sociale immédiate sur son existence : la composition des groupes de chevaux ne se fait plus de façon naturelle mais par le truchement des décisions de l’homme.
L’hébergement individuel au boxe était devenu la référence mais on sait aujourd’hui que l’isolement social des chevaux engendre des troubles comportementaux et altère leur bien être. Il est donc important de préserver la grégarité des chevaux dans le mode d’hébergement, ce qui n’est pas sans poser certaines questions de gestion de ces groupes de chevaux. Voyons quels principes à adopter pour atteindre l’objectif de la sérénité et d’un certain épanouissement des chevaux hébergés en groupe. Après avoir identifié les facteurs de tension peuvent affecter l’ambiance d’un groupe. Nous proposerons des solutions pour remédier à chacun d’eux et arriver à composer et gérer des groupes calmes et sereins.

Ethologie et identification des facteurs de tension au sein des groupes

L’éthologie scientifique étudie le comportement de façon quantitative et qualitative. Ces deux approches mettent en
lumière de façon différente les centres d’intérêt des chevaux. Ils ont importants puisqu’ils peuvent également devenir
des facteurs de tension dans les groupes de chevaux. Le Budget temps d’un cheval identifie le temps qu’il accorde en
moyenne à chaque activité. Il se répartit de la manière suivante :
15-16h à s’alimenter / 5-6h de repos / 2-3h de veille / 2h de déplacement
L’impossibilité d’exprimer ces comportements naturels génère nécessairement des tentions au sein du groupe. Il est
donc important de prendre le temps d’observer pour les identifier et y remédier.

1 L’alimentation : répartir dans le temps et l’espace

 

On constate l’importance capitale de l’alimentation qui est l’activité principale du cheval. C’est également un centre d’intérêt majeur dans sa vie qui permet de générer de la motivation mais aussi beaucoup defrustrations et peut être la source de conflits dans les groupes de chevaux. On a tous observé les comportements agressifs qui s’expriment lorsque l’on vient apporter du concentré ou des friandises au sein d’un groupe de chevaux.
La distribution d’une alimentation individualisée comprenant du concentré dans le calme au sein d’un groupe de chevaux est quasiment impossible sans l’aide d’un distributeur automatisé. C’est un élémentde base du fonctionnement d’une écurie active. Le fourrage étant moins appétant et disponible en plus grande quantité, il est possible de le distribuer collectivement lorsque les chevaux ont des besoins similaires.
Pour les groupes aux besoins disparates, on utilise des distributeurs individuels de fourrage qui permettent d’attribuer à chaque individu un temps d’accès qui correspond à ses besoins.
Le pâturage est une activité collective, il est important d’en tenir compte et de disposer de suffisamment de places aux râteliers pour que tous les chevaux puissent y accéder au même moment. Comme ils préfèrent avoir de l’espace entre eux, on recommande d’avoir au minimum 1.5 passages d’encolure par cheval afin que même les subordonnés osent venir manger en même temps que les dominants. Enfin, on observe qu’en espaçant et multipliant les points d’affouragement, on améliore le calme au sein du groupe.

2 Le repos : créer un endroit calme et confortable

Le repos est important en termes de bien être des chevaux et donc en termes d’aménagements adaptés. C’est une activité souvent collective et certains espaces sont plus appréciés que d’autres pour se reposer. Il est important d’y être attentif et d’observer si tous les chevaux ont accès à ces espaces notamment lorsqu’ils ont besoin de s’abriter
des insectes ou de la pluie. Le critère facilement observable, c’est la possibilité pour les individus de plus faible rang hiérarchique dans le troupeau de trouver une place à l’abri. Si c’est le cas, on peut considérer que l’abri est convenable. Si ce n’est pas le cas, on agrandira l’abri ou on en construira un autre. Il est observé que pour une surface couverte égale et suffisamment importante, on a avantage à créer plusieurs zones d’abri. Par exemple 2x 50 m² plutôt qu’une fois 100 m².

3 L’observation : un tour pour faire le guet

La veille est consacrée à l’observation de l’environnement. On observe que les chevaux passent plus
préférentiellement ce temps sur un point un peu en hauteur, vraisemblablement pour avoir un point de vue qui leur
permet de ne pas être surpris. Ils évitent en général les endroits étroits ou encaissés s’il n’y a pas d’autre intérêt à s’y
trouver comme de l’ombre, de l’alimentation ou un courant d’air rafraichissant.

4 Les déplacements, favoriser le pas

Le temps de déplacement de 2 heures prend en compte les déplacements au pas actif qui emmènent d’un point à un autre. Elles ne tiennent pas compte des déplacements nécessaires par exemple lorsque le cheval mange en marchant lentement ou lors de comportements sociaux comme des jeux. Ce déplacement se fait très majoritairement au pas.
Le trot et le galop sont réservés à la fuite et aux comportements sociaux. On constate également que les chevaux accélèrent lorsqu’ils empruntent des chemins étroits. S’y sentent ils moins en sécurité ?
Dans les écuries actives, il est préconisé de créer des circulations de 10 m de large, à défaut, 8m conviennent. On évite même ponctuellement d’aménager des allées de moins de 6 m de large lorsque la configuration du terrain le permet

5 Limiter le manque pour limiter les sources de conflits

Le principe de base pour limiter les conflits est de ne pas générer de manque : Si tous les individus ont un accès régulier à toutes les ressources qu’elles soient alimentaires, en abri, espace, grattage etc, ils ne connaissent pas de frustration à ce propos ils n’ont donc plus une raison de se battre.

6 Relations d’affinité et de dominance

L’étude qualitative du comportement des chevaux permet d’observer comment les relations sociales s’expriment dans un groupe. Si les interactions agonistiques (d’agressivité) sont facilement visibles (oreilles couchées, coup de pieds, morsures ou tentatives), les interactions d’affinités sont plus discrètes. Elles consistent en des frôlements, grattages mutuels mais de façon générale, elles s’expriment par la proximité. Les gérants décuries actives savent facilement identifier qui se déplace avec qui, quel cheval apprécie tel autre ou quel cheval évite tel autre.
On en tient compte lors de changement de composition de groupes et pour gérer l’accès des individus proches à
certaines zones de l’écurie.

7 Les comportements sexuels des hongres

C’est peut être le point le plus compliqué à gérer. En effet, on écarte généralement les entiers des groupes sauf pour l’élevage en monte en liberté ou pour les héberger seulement entre entiers sans contact visuel, auditif ou olfactif avec d’autres chevaux. Cependant la castration de suffit pas à inhiber l’ensemble des comportements sexuels des hongres. Il est assez courant d’en rencontrer qui reproduisent des comportements sexuel en regroupant un harem et en chassant les autres hongres. Cela pose des problèmes de calme et de sécurité pour tout le groupe. Il est alors conseillé d’héberger ces hongres dans un groupe de hongre qui recrée le contexte des groupes de mâles célibataires en conditions naturelles. Les juments sont hébergées avec les hongres calmes. D’où la composition d’écuries actives en deux lots indépendants

8 La gestion en groupe des très vieux chevaux

La domestication augmente l’espérance de vie de certains individus qui atteignent des âges de plus de 25 ans. Ces chevaux sont en général moins alertes que leurs plus jeunes congénères, ils perdent de leur vivacité et la vie en groupe avec des plus jeunes ne leur correspond parfois plus. Ils sont parfois plus au calme entre eux dans des groupes de « séniors ». Ils risquent moins d’agressions et de bousculades et vivent plus paisiblement leurs vieux jours.

9 L’espace disponible et l’agencement

Quelle que soit la configuration, on constate que plus les chevaux disposent d’espace, plus l’ambiance est calme. Nous avons observé qu’à partir 100 m² de paddock par cheval avec un agencement judicieux et des individus calmes, on peut installer une écurie active satisfaisante. Pour des chevaux plus jeunes et pus nerveux. On aménagera un espace tendant plus vers les 150 ou 200 m² par cheval en hiver et si possible les faire bénéficier des prairies à la belle saison.
En plus de la configuration l’agencement est très important. En effet, on va chercher à espacer les points d’intérêt de façon à ce que les chevaux se dérangent moins les uns les autres. Par exemple le dortoir est espacé des zones de distribution du fourrage. Cela permet également de limiter la quantité de crottins dans les zones de repos et de faciliter le curage.
Enfin pour la sécurité, on va agencer l’espace de façon

 

10 Générer la locomotion par l’agencement

Un des enjeux des chevaux hébergés en groupe s’ils n’ont pas une forte activité physique en dehors est de les faire se déplacer suffisamment. On agence donc l’espace en ménageant des distances de 150 à 200 mètres entre les points d’intérêt en s’inspirant des couloirs du paddock paradise. Les chevaux vont ainsi parcourir plus de distance en naviguant du fourrage au concentré puis à l’eau et au dortoir au lieu de se sédentariser et faire de l’embonpoint dans un système où tout serait à disposition au même endroit.
L’ensemble de ces observations et de ces recommandations sont issues du travail effectué depuis plus d’une quinzaine d’années en développant le concept de l’écurie active. Chaque nouvelle écurie apporte son lot de questionnements et les astuces et trouvailles qui permettent d‘y répondre font chaque fois progresser l’hébergement des chevaux en groupe.
Le facteur principal de réussite dans l’hébergement en groupe demeurera toujours l’observation. Elle permet de comprendre le fonctionnement social du groupe et son évolution et ainsi d’adapter l’environnement et la
composition du ou des groupes afin que chaque cheval y trouve son bien-être.

 

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