Ecurie active : habiter la pente

Par 4 juillet 2019 Articles

Introduction

  Vous avez un terrain accidenté, mais vous n’avez pas les clefs pour l’aménager ? Saviez-vous qu’il est possible de tirer profit d’un paysage pentu ? Nous verrons comment la contrainte naturelle d’un territoire peut devenir un support à la créativité, à la fois pour répondre à des exigences réglementaires, mais également pour améliorer l’espace de vie de vos chevaux. Les contraintes de site vont se développer en une donnée d’aménagement et d’architecture.

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1. Répondre à une contrainte réglementaire

1.1 Utiliser la pente pour gagner de la place au sol

Le projet de l’écurie sur un site en pente est unique et propre à chaque terrain. La construction va alors accompagner la déclinaison : l’intérêt architectural est fort. Tout d’abord l’aspect symbolique : le bâtiment sera visible depuis un point de vue lointain et les différents usagers auront une vue largement dégagée. L’architecture intégrée au dénivelé a un avantage  écologique et climatique (la terre réduisant les déperditions de chaleur).

Si votre terrain se situe en zone urbaine à proximité de logements il est possible que votre mairie limite l’implantation des habitations de vos animaux (abri, box, dortoir…) à 50 m des limites parcellaires (penser à vérifier le PLU de votre commune pour davantage de précision). Ainsi, le projet va devoir être conçu de manière à tirer profit de cette contrainte afin de rentabiliser l’espace. Les avantages d’une écurie à double niveau sont tout autant qu’économiques qu’esthétiques. Une telle écurie répond à des exigences fonctionnelles et réglementaires. Les usagers piétons peuvent emprunter différents parcours pour accéder à l’écurie : par le haut ou par le bas, le sens de circulation est fluidifié et la place au sol est libéré.

1.2 Réduire les coûts

Le coût du transport de la terre a un impact significatif sur le coût du chantier. En travaillant le projet de manière contextuelle et en l’intégrant au mieux dans son environnement local ; les terrassements et l’équilibre du ratio déblais/remblais peuvent être maîtrisés. Ainsi le coût général des travaux sera réduit. La construction dans la pente au-delà de l’aspect du chantier à un intérêt économique sur le foncier : l’exemple de l’écurie sur deux niveaux permet de gagner de la place au sol.

À savoir : le déblai est la terre enlevée et le remblai la terre ajoutée. Le mouvement de sol est la somme des hauteurs déblais et remblais. Si le PLU donne droit à 1 m de remblais + 1m de déblais, le mouvement de sol maximum qui sera accepté par la commune sera de 2 m.

1.3 Le respect des normes d’accessibilité

Le travail de la pente est très lié à la thématique de l’accessibilité et des flux. Hors ERP (Établissement Recevant du Public), les pentes peuvent aller de 8 à 12 % sans que le piéton soit dans une situation inconfortable. Les escaliers (accessibles ou non aux chevaux) peuvent être mis en place en cas de pentes raides. Si le projet est un ERP, il faudra alors respecter les normes PMR (Personnes à Mobilités Réduites) : les pentes ne peuvent pas alors dépasser 5 % (sur une longueur de 10 m maximum), jusqu’à 12 % (pour une longueur inférieure à 0,5 m). Les chemins PMR concernent seulement les parcours effectués par le public et non par les employés. Pour les pentes accessibles aux chevaux, il n’existe pas de normes.

La circulation de certains engins nécessitent un aplat des surfaces comme les véhicules agricoles par exemple. En effet ces derniers circulent mal sur les pentes notamment lorsqu’ils sont chargés. Dans le cadre d’un ERP, les véhicules d’urgences et d’intervention également doivent pouvoir rouler sur des surfaces planes et praticables : pompiers, secours, etc.

2. Jouer avec la topographie naturelle

 

2.1 L’intérêt pour le cheval pour les pentes

 

Le cheval, même domestiqué, a conservé ses instincts de proies. L’intérêt premier pour le cheval d’avoir un promontoire dans l’écurie active est qu’il va s’en servir pour surveiller son environnement. Sa vue panoramique est combinée au point de vue lointain qu’offre une butte ou une pente : il peut ainsi surveiller d’éventuels prédateurs sans angle mort tout autour de lui. Au-delà de l’aspect comportemental, les pentes vont permettre au cheval de travailler ses muscles et son équilibre. Son allure va être régulée naturellement par la pente (plus la pente est grande plus l’allure est lente). De plus, la pente est intéressante pour la diversification du territoire qu’elle propose pour le cheval : rupture de l’horizon en bas d’une butte, vision large au-dessus, etc.

 

Lorsqu’ils ont le choix, les chevaux vont en général préférer les chemins plus longs, mais moins escarpés que les chemins courts, mais très pentus et donc potentiellement dangereux. Naturellement, ils peuvent dessiner des pistes en suivant la topographie naturelle. Ainsi l’écurie active en pente s’inspire de ce principe en retraçant les courbes d’un flanc de colline ou de montagne.

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2.2 Intégrer la pente dans l’environnement du cheval

 

Différents aménagements vont permettre à votre écurie active d’utiliser la pente naturelle tout en limitant les risques de glissades. Si les pentes sont trop raides, il est possible soit de permettre au cheval de contourner par un autre parcours en végétalisant l’espace intérieur ou alors de mettre en place un escalier équin. L’escalier doit bien sûr être dimensionné pour le cheval et stabilisé : des marches d’une quinzaine de centimètres de hauteur et d’un mètre minimum de largeur. Des enrochements paysagers peuvent aussi être mis en place afin de retenir la terre : en plus de l’aspect technique, ils apportent une dimension paysagère pertinente.

Plusieurs parcours peuvent aussi être offerts au cheval qui choisira lui-même son trajet en fonction de son tempérament, sa vitesse ou encore des conditions climatiques. Si les pentes ne sont pas trop raides, elles peuvent être laissées telles quelles au cheval, sans retoucher la topographie.

 

Les buttes peuvent être aussi artificielles et réalisées grâce à un déblai (pour un bâtiment ou pour un étang par exemple). Une précaution particulière doit être prise dans les passages délicats (virages en pente par exemple) afin de limiter les glissades et chutes. La stabilisation des sols sera plus que nécessaire sur ces espaces. Le même système de déblai/remblai peut être utiliser pour créer des plateformes (pour le DAC, l’abri…).

La pente permet aux pistes de l'écurie active de se dessiner suivant la topographie naturelle

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2.3 Dans quel cas aplanir la pente ?

 

Tous les espaces et activités du cheval ne sont pas propices à la pente.  En effet des espaces extérieurs de plats doivent être proposés comme l’aire de roulade par exemple ou autours des râteliers. Les espaces bâtis, même si nous avons précédemment qu’ils peuvent s’intégrer dans la pente, doivent avoir un sol plat (c’est-à-dire que la pente, non visible à l’œil nu, concerne juste l’écoulement des eaux).

 

Enfin certains chevaux peuvent avoir du mal à gravir les différences de niveaux importantes, notamment les chevaux âgés ou malades. Dans ces cas spécifiques, l’agencement de votre écurie devra faire en sorte d’éviter au maximum d’épuiser le cheval qui monterai ou descendrai trop brusquement et d’éviter les risques de glissades et de chutes.

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A retenir – conclusion

En résumé, l’écurie active est plus que compatible avec un terrain vallonné ou montagneux. Là où l’implantation d’une écurie traditionnelle serait plus difficile (terrassements plus lourds et ration déblais/remblais par forcement équilibré), l’écurie active peut se servir des éléments naturels mis à disposition. Le projet architectural s’intégrant dans la pente va permettre de gagner de la place au sol tout en ayant des intérêts paysagers et écologiques. Le terrain escarpé servira aussi dans l’écurie active même : butte, promontoire, pente… les chevaux se muscleront, s’équilibreront mieux et joueront dans le terrain de jeux qui leur est offert par la nature.

Ariane Lefebvre

Architecte équestre diplômée d’état chez Horse Stop
Architecte équestre diplômée d’état et cavalière engagée, je défend l’idée que l’habitat équestre n’est pas adapté aujourd’hui à la nature des chevaux. J’ai consacré un mémoire de Master recherche (ENSA Paris-Malaquais) aux écuries actives, puis mon projet de fin d’études (PFE) « Perspectives Equines, plaidoyer pour une architecture équinocentrée » (2018), explorant l’architecture et l’aménagement territorial du point de vue du cheval. Après une première expérience en agence d’architecture, où j’ai pu développer le pôle équin Aba Horse Wild, qui prône une architecture éthique du cheval, je rejoins Horse Stop en 2019. J’ai développé des connaissances particulières autour des problématiques actuelles de l’architecture équine à toutes les échelles : de l’aménagement du territoire aux détails sur mesure pour le cheval. Ma pratique architecturale se centre sir m’expérience de l’usager-cheval dont les sensations, perceptions et modes de vies sont explicitées dans les études éthologiques : le cheval est le sujet de l’architecture.
Je suis par ailleurs l’auteure de plusieurs articles sur ces sujets (Cheval Magazine, Cheval Pratique, IFCE…). J’ai également été invitée à présenter mes travaux sur l’architecture équestre à plusieurs évènements (Congrès : Journées Sciences et Innovations Equines)
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