Comment les écuries actives modifient-elles les rapports entre l’Homme et le cheval ?

Par 3 octobre 2017Articles

Quels sont les impacts du projet architectural et l’introduction du numérique sur les rapports homme/cheval ?

LA SEGREGATION SPATIALE DE L’ÉCURIE TRADITIONNELLE

L’architecture équestre traditionnelle européenne a toujours été fondée sur les mêmes codes ancestraux. L’hébergement des chevaux est reléguée au second plan de l’architecture qui met au premier plan les aires d’évolutions comme le manège et la carrière, ou encore les espaces d’accueil du public. Le logement du cheval, qui n’est pas sur le devant de la scène, a une fonction utilitaire : accéder à son cheval rapidement.

Les différents logements du cheval sont généralement associés aux statuts des chevaux qui y habitent : les chevaux de propriétaires ou de clubs sont généralement hébergés en boxes individuels et sortent au paddock individuel ou double au mieux une fois par jour. Ce sont les hébergements jugés comme les plus luxueux. Les poneys de clubs, quant à eux, vivent en stabulation libre ou au pré toute l’année : ainsi plus les chevaux ont de la valeur (symboliquement et économiquement), plus leurs logements sont petits et plus ils sont isolés de leurs congénères.

Ce phénomène, qu’on peut définir comme une ségrégation spatiale et architecturale des chevaux, est un phénomène que l’écurie active s’emploie à estomper. Aujourd’hui, alors que l’équitation se remodèle vers des valeurs plus éthologistes et que la protection animale est en plein essor, l’architecture équestre doit suivre ces mutations, et elle le fait au travers de l’écurie active.  Par son projet architectural et les automates, elle permet de loger des chevaux aux besoins différents dans les mêmes espaces, généreux.

Égalisatrice tout en respectant l’individualisme, l’écurie active révolutionne le modèle architectural et organisationnel qui divisaient jusqu’à présent les chevaux. Par ce nouveau rapport entre les chevaux et l’architecture l’Homme respecte sans distinction économique tous ses équidés. L’organisation architecturale des écuries actives permet ainsi de poser les bases d’une relation saine entre les différents acteurs, qu’ils soient humains ou équins.

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Étude de cas sur une écurie traditionnelle : plus les chevaux ont de la valeur (symboliquement et économiquement), plus leurs logements sont petits.

LE CHEVAL AU CENTRE DU PROGRAMME ARCHITECTURAL DES ÉCURIES ACTIVES

Les écuries actives replacent au cœur de l’agencement général et au premier plan le logement du cheval. Ce refondement organisationnel déplace ainsi les activités humaines, comme les aires d’évolution à cheval, en périphérie de l’écurie. Le plan masse de l’écurie se consacre désormais principalement à l’équidé seul et non plus à l’équidé et son cavalier.

En comparant les écuries actives aux écuries traditionnelles, ce changement s’opère à la fois dans les rapports surfaciques des écuries (la place donnée au logement par cheval est plus grande dans l’écurie active et mieux répartie dans le temps), mais également dans les rapports surfaciques en général (le ratio de la place donnée au logement du cheval par rapport à la taille des installations est plus grande dans l’écurie active que dans l’écurie traditionnelle).

Enfin ces changements sont visibles quant à la qualité donnée aux logements du cheval et sa destination : son logement n’est plus considéré comme un simple outil utilitaire mais comme un objet à mettre en évidence et en valeur, comme le sont le grand manège couvert ou la carrière de compétition.

Le logement, avec l’écurie active, devient une installation dominante du projet. En remettant en cause la place de l’homme et du cheval dans l’écurie contemporaine,  la fonction de logement du cheval évolue avec l’écurie active. Plus qu’un simple abri, le logement a désormais pour but de préserver sa physionomie et sa santé mentale. L’introduction de la cybernétique (distributeurs automatiques de concentrés et de fourrages ou encore les portes sélectives…) place encore davantage l’homme en périphérie de l’écurie.

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Le plan masse de l’écurie se consacre désormais principalement à l’équidé seul et non plus à l’équidé et son cavalier

L’AUTOMATE COMME NOUVEL OUTIL DE LA RELATION ENTRE L’HOMME ET L’ANIMAL

L’objectif de l’écurie active est de rendre l’écurie plus équine en se servant de la machine comme d’un outil pour arriver à ses fins. Grâce à la cybernétique des automates, le cheval peut s’émanciper de l’homme et retrouver son indépendance. C’est l’architecture qui est ici machinisée et non la relation que l’Homme entretient avec son cheval ni l’équidé en lui même.

Comme l’avais prédit David Aurel en 1965, « Nous devons penser que la presque totalité de l’esprit est occupée à des tâches asservies, qui constituent la presque totalité de notre pensée. Or, tout ceci serait de plus en plus revendiqué par les machines »[1], la machine est présente ici pour épauler l’homme en le laissant se concentrer sur les actions véritablement importantes pour sa relation avec ses chevaux, dont l’observation. Ne plus nourrir les chevaux, ouvrir les portes et nettoyer les boxes lui permet de se concentrer sur les activités véritablement utiles au développement de la relation Homme-Cheval. L’observation des chevaux peut ensuite être utilisée pour développer d’autres interactions (massage, pansage…). La relation entre les chevaux et l’Homme prend aussi un nouveau virage.

L’architecture connectée prend sa place dans l’écurie active comme nouvel outil de la relation entre l’Homme et le cheval. L’Homme n’est plus perçu comme un besoin vital (dans son rôle de nourrisseur) par sa monture. La relation entre l’Homme et le cheval peut se rapprocher de ce qui existe de plus naturel entre deux espèces animales différentes qui se côtoient et s’apprécient, au-delà de la nécessité.

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La relation entre l’Homme et le cheval peut se rapprocher de ce qui existe de plus naturel entre deux espèces animales différentes qui se côtoient et s’apprécient, au-delà de la nécessité

[1] DAVID Aurel, La cybernétique et l’humain, Editions Gallimard, Paris, 1965

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Ariane Lefebvre

Ariane Lefebvre, 22 ans, est étudiante en master d’architecture à l’école de Paris Malaquais et cavalière passionnée. Convaincue que l’habitat équestre n’est plus adapté aux chevaux et à leur rapport à l’homme, elle intègre en 2016 en master le département de recherche THP dédié à l’animal et l’architecture avec un objectif : travailler sur le sujet des écuries actives, thème de son mémoire. En parallèle, un stage au sein d’une agence d’architecture réalisant un centre équestre, lui permet de mettre en pratique ses convictions.
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